« Je m’écroule sur mon lit. Pas envie de me déshabiller. Même plus envie d’essayer de dormir. Tout ce que je voudrais, ce serait parler à quelqu’un qui me comprendrait.«
Cynthia doit faire un choix difficile, surtout quand on a 17 ans. Mais elle n’est pas seule : l’espoir renaît de sa rencontre avec des femmes qui la guident et la comprennent. Grâce à elles, Cynthia comprend que son seul choix sera celui de la liberté de son corps et de son esprit.
224 pages
11 avril 2012
Flammarion
10€50
Cette histoire, c’est celle de Cynthia, 17 ans, collégienne vivant dans une cité de La Courneuve, en région parisienne.
Cynthia doit faire face à une situation difficile : elle est enceinte.
Tout d’abord, elle tente de se voiler la face. Si elle n’admet pas le problème, peut être qu’il n’existera pas.
Mais bientôt, elle doit se faire une raison. Et elle va devoir prendre une décision sur son avenir malgré les conseils et jugements des autres, les quelques personnes à qui elle parle de la situation.
Isabelle Rossignol a décidé de se pencher sur un grand tabou (non, non, le mot n’est pas trop fort) de notre société : l’avortement.
Mais plus particulièrement sur le cheminement d’une adolescente confrontée à une grossesse non désiré, sur le plan psychique, pour prendre une décision qui bouleversera sa vie.
Certaines choses m’ont un peu gênées pendant ma lecture. Par exemple, l’impression de caricature des gens de banlieue. Sans réel avenir, grossiers de langage… Ayant habitée moi même en région parisienne et ayant côtoyé toute mon enfance ces « gamins des cités », cette impression fut difficile à accepter, tant je déteste jugements à l’emporte pièce.
Mais au fur et à mesure de ma lecture, puis en y réfléchissant, j’en suis venue à me dire que finalement, ce parti pris servait plutôt cette histoire, car il appuie sur les points qui font mal.
J’ai également pu échanger avec l’auteure, très sympathique et accessible, elle s’est défendue de cette impression de caricature, et on sent bien que ce n’est pas du tout l’un des but de ce livre.
L’auteure a fait le choix de se concentrer sur l’avant. De l’annonce de cette grossesse à la décision de la jeune fille. J’avoue avoir été étonnée de ne pas en savoir plus, sur l’après, très dur psychologiquement, quoi qu’en pense la plupart des gens.
Mais une fois de plus, Isabelle Rossignol m’a expliquée son point de vue que je comprends complétement.
La difficulté à prendre la décision de continuer une grossesse non désirée ou d’avorter est parfaitement décrite dans ce roman. Entre la copine qui parle de Dieu et du meurtre d’un petit bébé, l’autre qui dit « avorte ou tu vas gâcher sa vie ».
Heureusement, Cynthia a réussie à trouver des personnes qui l’ont écoutés sans jugement ni parti pris, et lui ont permis une réflexion salutaire sur ce qu’elle souhaite, elle. Pour qu’enfin, elle puisse prendre sa décision!
Le titre parle de lui même « J’ai décidé ». Parce qu’il s’agit d’une décision complétement personnelle, et qui devrait pouvoir se prendre sans influences mais avec beaucoup d’amour!
J’ai aussi particulièrement apprécié la description de l’état psychologique de Cynthia. Au début du roman, elle se sent vide. Elle en vient à douter de sa propre utilité, se posent mille question…
Elle va se remplir petit à petit : avec l’amour que lui témoigne certaines personnes. Avec le Savoir. Avec les décisions qu’elle va prendre pour son propre avenir.
Je suis ressortie de ce roman émue par cette jeune fille qui, grâce un passage difficile, va reprendre sa vie en main et enfin s’imaginer un avenir
Isabelle Rossignol a donc répondu à quelques question que je lui ai posé.
Je vous livre ici sa réponse :
« Je suis convaincue que l’avortement reste un « remède » nécessaire. J’ai donc choisi une adolescente pour m’adresser à cette tranche d’âge, souvent concernée et, hélas, souvent mal informée. Et puis je voulais parler du poids du religieux aussi, si important aujourd’hui chez les jeunes et les mettant souvent en porte à faux avec la raison. Donc, bien sûr, il faut des cours d’éducation sexuelle dans les classes.
Pourquoi La Courneuve ? Car c’est un coin que je connais ; ou croyais connaître. J’espérais ne pas trop avoir trop caricaturé cet espace. Si je l’ai fait, c’est une erreur de ma part.
En ce qui concerne la fin du livre, que dire ? Je voulais écrire sur la décision et le parcours à faire jusque-là. Étant désormais bien entourée et ayant pris sa vie (un peu) en mains, Cynthia, selon moi, peut vivre seule… sans moi donc ! En tant qu’auteur, j’avais terminé mon chemin avec elle. C’est ainsi entre un personnage et un auteur : à un moment, ils se séparent. Et c’est parfois le personnage qui décide. »
Il y a beaucoup à faire encore. Une évolution des mœurs, d’abord. Arrêter de parler de l’avortement comme un crime, arrêter d’y accoler des questions de religion. Et surtout, surtout, écouter les femmes.
Il est facile de juger, de fustiger, quand c’est une chose qui ne touche qu’une personne dans son propre corps et sa propre psyché!
Il est aberrant de voir, encore à notre époque, des femmes ayant honte de leur choix, un personnel médical qui les écrase d’un jugement de culpabilité.
Il est effarant de constater que les délais s’allongent parce que personne ne veut faire ça.
Il est effrayant de voir qu’avec des taux d’avortement qui ne cessent de grimper, surtout chez les mineurs, on puisse encore s’élever contre des cours d’éducation sexuelle qui permettrait aux jeunes d’être avertis, de savoir vers qui se tourner.
En France, les opposants à ses cours disent que c’est une chose qui devrait rester dans le cadre familial. Certes. Malheureusement, toutes les familles n’aborderont pas ces thèmes, tous les enfants ne chercheront pas ces informations et ces conseils auprès de leur famille. Ne serait il donc pas plus judicieux de leur permettre de s’exprimer sur ce thème dans des lieux exempt du poids familial?














avril 13th, 2012 at 20 h 36 min
je l’ai reçu hier. je ne devrais pas tarder à le lire